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GABRIELLE
ISRAELIEVITCH:
OEUVRES PHOTOGRAPHIQUES
Un
Regard Composé
Peggy
Gale, July 2001
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Les
oeuvres photographiques de Gabrielle Israelievitch sont des expressions
intimes et très révélatrices, des dons qui'il
faut partager. Empreintes de délicatesse et tout à
fait personnelles, elles s'offrent comme des secrets tout proches,
pourtant proposées ici en échange comme si, une
fois données, elles étaient faites pour revenir,
mais multipliées.
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Israelievitch
travaille avec des moyens très simples, sa camera de 35mm
toujours sous la main. Elle commence par des instantanés
faciles à prendre: ombres dans une rue ou un jardin, vues
d'une plage, bras de chaise, fênetres ou portes aperçues
en passant ou de l'eau courant vers des nuages. Des réfléchissements
et des ombres portées sont constamment retravaillées,
prisonnières de branches d'arbres ou d'ensembles floraux
comme rêvant devant un paysage, enfin décentrées
par le plaisir plus formel de capturer une forme ou une ligne.
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Ce
sont des vues trouvées, résultant d'un oeil exercé
plutôt que d'une technique délibérément
programmée et recherchée spécialement pour
la prise de vue. Il va s'en suivre des décisions variées:
les images retenues sont installées, juxtaposées,
découpées et revues. Des images simples sont amenées
à des configurations nouvelles, un commentaire poétique
non formulé mais clairement perceptible. Dependant, chaque
composition, avant d'être terminée, est encore une
fois photographiée comme un simple tirage, tous les éléments
de son histoire imprégnés dans une surface uniforme
avec des origines claires et également diverses.
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Ce
sont ice des oeuvres créées par un regard complexe,
par un <<moi>>
multiple et singulier à la fois qui voit, examine et recompose
pour éclairer les choses dans une lumière nouvelle.
Nous avons affaire ici à une sensibilité qui cherche
à rejoindre le monde extérieur en s'appuyant sur
un environnement solide et en mettant en valeur sa variété,
ses couleurs et ses richesses de forme et de référence.
La photographie, c'est écrire avec la lumière et
Gabrielle Israelievitch traduit l'aspect extérieur de la
vision par un processus intérieur de sensibilité
et de signification équilibrée. Ses compositions
sont intuitives et tendres, empreintes de plaisir visuel et de
réaction sensitive. Leur degré d'intimité
s'accorde parfaitement avec la délicatesse des formes représentées.
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Les
titres de Israelievitch ne se contentent pas de procéder
à une identification. En donnant un nom à ses ouvrages,
notre artiste révèle une certaine intention et la
possibilité d'une généalogie. Echec et
Mat, pour donner un exemple, nous montre une sorte d'ombre
humaine, devant les carreé clairs et sombres d'un échiquier.
Les deux côtés de l'image exposent des rectangles
de lumière blanche très brillante amenés
par les fenêtres, par opposition aux murs intérieurs
à la lumière douce.
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Mentionnons
aussi une image tripartite dans la Maison Rouge, où
la moitié supérieure de la photo représente
une toiture de linteaux bigarrés vus sur un fond pâle
de mer et de ciel, tandis que la moitié inférieure
figure deux scènes séparées, l'une où
l'on voit de l'eau qui vient lécher le bord d'une pièce
d'eau et l'autre où l'on peut reconnaître une surface
plane rouge brique. Nous voyons rouge, nous comprenons <<maison>>
et pourtant la composition définitive de cette photo implique
un ajout de nuances latentes, comme une espèce de souvenir.
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Certaines
compositions demeurent assez mystérieuses malgré
l'évidence de leur matériel de source. Dans les
Vieux Amis, par exemple, les reflets de surface vitreux
jouent sur deux manteaux rouge amorti et gris-vert, vus côte
à côte. On dirait qu'ils sont debout derrière
une fenêtre et non pas à plat et vides, tout prosaiques
qu'ils soient. Ces reflets de manteaux sont suspendus devant (encadrés
par) deux arbres majestueux d'un rouge brillant et d'un vert luxuriant,
les manteaux évoquant des images d'humains jouant contre
la nature même, sorte de duel de cycles naturels passant
du présent au passé. A mieux regarder la photo,
on remarque deux nouvelles figures, feuillage d'une espèce
différente, cachant le côté gauche et le bas
de la photo; tout à coup, le plaisir des rapports, le fait
de reconnaître une dualité simple, n'aura plus de
raison d'être. On peut aussi bien y voir deux petites formes,
assises sur un banc dans un parc, aperçues en bordure du
manteau gris-vert. C'est peut-être là que se trouvent
les <<vieux-amis>>.
Les dualités ici sont exposées en couches, ces histoires
vraisemblables ajoutant une fratification tranquille au plaisir
formel de la couleur et de la composition. L'ouvrage est évocateur,
alusif, et sa simple signification est à peine hors de
portée.
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Auto-Portrait
est encore plus complexe; l'artiste est représentée
de dos cans une cour ou l'un voit un mur coupé par des
fenêtres vides, cassées ou condamnées. Cependant,
intégrées dans l'image, se trouvent plusieurs fenêtres
supplémentaires, ou des fenêtres sur un autre monde
d'ombres feuillues. Les trois huitièmes inférieurs
du tableau représentent une porte à la française
éclairée par derrière tandis que s'y juxtapose
une surface aqueuse reflétant des nuages et où surgissent
des brins d'herbe. Ou les nuages seraient-ils une surface neigeuse?
Les fenètres aussi peuvent avoir des origines diverses
et révéler des histoires ou une certaine logique
cachée.
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La
poésie de ces images est intuitive, inexprimable, une évocation
de souvenirs (Espoir ou Priere pour ma soeur), ou
un humour à froid (La Maison Bateau avec ses répresentations
doubles de canots échoués et de la façade miroitante
d'une maison blanche) Les Diamants Noirs sont des carrés
brillants isolés sur un soubassement de marbre réflecteur,
couplés avec, par dessus, des formes rosées de nuages
et de ruisseaux se perdant dans le sable. Les titres de Israelievitch
sont comme ses images, inspirés et intuitifs, soit en sélectionnant
une seule forme ou cherchant à suggérer des idées
plus subtiles. Simplement descriptif ou <<clignotant>>
et sans substance, leur messaage complète les mondes évoqués
par les photos elles-mêmes. Cela donne une permanence au fugitif,
à l'entr'aperçu, le fragile <<presque
connu>> de l'apparence et de l'émotion
dans le monde. L'image tangible capturée sur le papier constitue
un écrit publié de cette histoire orale, toujours
prête à disparaitre si on n'y fait pas attention. Le
don est rendu avec affection, enrichi. |
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GABRIELLE
ISRAELIEVITCH:
PHOTOGRAPHIC WORKS
A
compound eye
Peggy
Gale, July 2001
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The
photographic works of Gabrielle Israelievitch are intimate and
revelatory, gifts to be shared. Delicate and personal, they seem
to be secrets held close yet offered here in exchange, as if being
given they will return, multiplied.
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Israelievitch
works with simple means, her 35mm camera always at hand. She begins
with quick snapshots taken easily: shadows falling on the street
or in a garden, views of a beach, the turn of a chair arm, windows
or doors glimpsed in passing. Water rushing to meet clouds. Reflection
and cast shadow are revisited over and over, captured in tree
branches and floral patterns as a musing on landscape, then offset
by the more formal pleasures of captured shape and line.
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These
are found views, framed by an educated eye rather that prearranged
or constructed in advance for the camera's lens. Decisions of
a different sort will follow: the images retrieved are laid out,
juxtaposed, cut up and revised. Single images are shifted into
new configurations, a poetic commentary unspoken but clearly at
work. Before they are complete, however, each composition is re-photographed
as a single print, all the elements of its history submerged in
a uniform surface with clear and diverse sources.
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These
are works by a compound eye of sorts, a multiple yet singular
"I" that sees, reviews and recomposes to cast meanings
in a new light. They are the products of a sensibility seeking
junction with the outside world, accepting a found environment
and revelling in its variety, its colour, its richness of form
and reference. Photography is writing with light, and Gabrielle
Israelievitch translates the outer skin of vision to an interior
membrane of sensibility and poised meaning. Her compositions are
intuitive and affectionate, touched by visual pleasure and sensual
response. Their intimacy of scale is in perfect accord with the
delicacy of depicted forms.
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Israelievitch's
titles do more than identify; while naming, they also suggest
shades of inention and a possible genealogy. Checkmate,
for example, shows a dark human shadow against the cream and sand
squares of a checkerboard; the two side images posit slanting
rectangles of brilliant white light, cast through windows against
soft-hued interior walls.
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Another tripartite image is Red House, the top half a section
of variegated roofing shingles seen against pale sea and sky,
while the bottom half is two separate scenes, one of water lapping
against a poolside edge, the other a flat surface of brick-red.
We see red, we understand "house," yet the final composition
implies additional latent nuances, as if "remembered"
somehow.
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Some
of the compositions remain mysterious, despite their evident source
material. In Old Friends, for example, glassy surface reflections
play over two overcoats, muted red and greenish-grey, seen side
by side; they seem to stand behind a window rather than being
laid flat and empty, prosaic as they are. These coat-reflections
hover in front of (are framed by) two majestic trees, brilliant
red and lush green, the coats as human images played off against
nature itself, a duelling of natural cycles, passing from present
to past tense. A closer look at the whole, however, reveals two
additional strips, foliage of a different sort, masking left side
and bottom; all at once the pleasures of connection, deciphering
a simple duality, will no longer do at all. Two tiny figures may
be deciphered there as well, seated on a park bench, seen "through"
the hem of the grey-green coat. Perhaps it is these who are the
"old friends." Dualities are revealed in layers here,
the possible stories a quiet bonus to the formal pleasure of colour
and composition. The work is evocative, elusive, its simple meaning
just out of reach.
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Self-portrait
with Windows is more complex again; the artist is shown from
behind in a courtyard as she photographs a battered wall with
barred, broken or boarded-up windows. Inset into the surface of
the image, however, are several additional windows, or windows
onto another world of leafy shadows. The lower three-eighths of
the picture shows a backlit French-door interior juxtaposed with
a watery surface sprouting blades of grass, reflecting clouds.
Or might these clouds be a snowy surface? The windows too may
have different origins and stories to reveal, overall a hidden
logic altogether.
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The
poetry of these images is intuitive, wordless, a conjuring of
memories (Hope, or Prayer for my Sister) or of deadpan
humour (House Boat, with its paired images of beached rowboat
and gleaming white house facade). Black Diamonds are glossy
squares isolated in a reflective marble floor, paired with rosy
images above of mounting cloudforms and receding rivulets through
sand. Israelievitch's titles, like her images, are inspired and
intuitive, whether selecting a single shape or preferring to elicit
subtler ideas. Bluntly descriptive or flickering and insubstantial,
their message complements the worlds conjured by the photoworks
themselves. Both give a permanence to the fleeting, the just-glimpsed,
the fragile almost-known of appearance and emotion in the world.
The tangible image captured on paper makes a published writing
of this oral history, ready to slip away if unattended. The gift
is returned with affection, compounded.
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